Radio SCOOP : Dans quel état d'esprit es-tu au moment de sortir ce deuxième album ?
Pierre de Maere : Je suis un peu dans tous mes états ! Ça change toutes les heures. Globalement, je suis hyper excité, parce que je suis fier du disque, parce que j'ai envie qu'il retentisse chez mon public et chez de nouvelles personnes. J'ai envie que ça plaise, naturellement ! Quand on écrit un disque, on a envie qu'il parle. Je suis très excité, très fier, parce que j'ai eu plus de temps que sur le premier, donc il me ressemble plus, il est plus riche, il y a plus de musiciens qui jouent dessus. Enfin, tout ça me ressemble vachement et c'est agréable de sortir une œuvre qui vous ressemble. Je me sens heureux.
Qu'as-tu voulu nous dire avec ce titre, "Ave de Maere" ?
Il y a beaucoup d'humour dans le titre "Ave de Maere" ! D'abord, il raconte un peu le disque, où je suis cette espèce de conquérant qui part à la conquête du monde, et surtout de moi-même. Il y a l'idée de se comprendre, d'apprendre à se connaître, la quête d'identité qui va avec, l'adolescence, la première fois... C'est un disque d'adolescence, tardive, bien sûr, parce que la mienne a commencé il y a cinq ans ! Mais c'est vraiment ça. Et puis, "Ave de Maere", ça sonne bien, c'est drôle.... En découvrant la vie et la discographie de Michel Polnareff et notamment son disque "Coucou me revoilou", qui me fait beaucoup rire, je me suis dit que c'était possible de faire un nom d'album qui fasse rire, et ça m'a donné envie de ça.
Tu parles de rire, mais l'album aborde aussi des thèmes qui ne sont pas si simples. Tu te livres avec beaucoup de franchise, de façon très intime. Tu as voulu nous permettre de te connaître un peu mieux ?
C'est vrai, oui. J'ai envie que l'auditeur, quand il a fini d'écouter l'album, se dise, "ça y est, je connais Pierre". Pas "Pierre de Maere", juste "Pierre". J'aime bien traiter les sujets avec beaucoup d'impudeur, de liberté, de vérité, de sincérité. Les filtres, à quoi ça sert, sauf à créer des problèmes et de la honte ? Et l'idée, c'est de tuer la honte avec ce disque.
Et donc, pour accoucher de ces textes et de ces mélodies, t'es-tu dit qu'il fallait tout donner ?
Je ne me suis pas posé la question de ce que je donnais. J'ai écrit beaucoup de morceaux, une centaine ! Pas jusqu'au bout : parfois, c'est juste une idée, une minute de piano-voix, en yaourt ! Mais je n'ai pas pensé "album". J'ai juste fait beaucoup de musique, tout simplement. Tout commence toujours par la musique, par les productions, par un piano-voix. C'est moi qui produis mes titres et c'est là que je prends le plus de plaisir. Ça a donc commencé là, puis sont venus les mots, et je ne me suis rien interdit. Je n'avais pas forcément l'urgence de raconter des choses intimes, mais ça s'est fait naturellement, parce que je les ai vécues récemment. Et quand il m'arrive quelque chose de moche, j'ai besoin de le communiquer à beaucoup de monde. C'est comme ça que je les digère. Et dans ce disque, il y a pas mal de choses moches. Mais il y a des choses très belles aussi ! C'est un itinéraire, un parcours initiatique. D'abord, je me découvre, je m'accepte, dans le premier morceau, "Mon Paradis", qui ouvre le disque et qui parle du coming-out, de l'avant-après, le soulagement d'être enfin en phase avec soi-même. Puis il y a plein d'histoires d'amour, plus ou moins foireuses. D'autres choses, aussi, pas seulement de l'amour. Et puis la dernière histoire, enfin, qui est heureuse, réciproque, saine. Et donc, il y a aussi de l'espoir, dans le disque, qui passe par plein d'états différents.
Le succès rencontré avec ton premier album a-t-il influencé ta façon de travailler ? Parfois, il peut paralyser les auteurs.
Ça peut paralyser, mais moi, j'ai l'impression que ça m'a donné confiance et envie de faire mieux, parce que je savais qu'il y avait une attente. Ça m'encourage, quand les gens me soutiennent. Au collège, je demandais toujours à mes profs d'être sympas, parce que c'est comme ça que je travaillerai bien ! C'est quand on me porte que je me sens le meilleur. En répétition, je ne suis jamais excellent, et puis le jour vient où je dois chanter face à un public, où je dois jouer dans un clip et là, tout se passe très bien. Je fonctionne à l'énergie qu'on me donne. Donc si ce disque fait un flop le prochain sera très mauvais ! Mais s'il marche bien, ce sera excellent.
La tournée va démarrer, tu seras notamment à Lyon le 12 novembre. Que va-t-on voir sur scène ?
D'abord, il y a un nouvel arrivant, un guitariste, donc on sera désormais quatre musiciens et moi. Ça va être un spectacle très musical, très vivant, joué par les humains, ce qui fait plaisir ! Enfin, c'est la base, mais on l'oublie un peu quelquefois. La scénographie sera très belle, signée par un duo de Français qui font notamment celles de Air, de Phoenix et Gesaffelstein, les plus belles scénographies françaises. Je serai toujours, j'espère, drôle. Enfin, en tout cas, je ferai des blagues ! Je serai bien sapé. Je chanterai mes morceaux avec plus d'assurance qu'avant, parce que j'ai appris à chanter, à coup de plus de 140 dates sur le premier disque ! J'arrive avec les bonnes armes et toute la confiance qu'il faut pour donner un bon spectacle. Les salles sont assez parfaites dans leur format, ce sont des salles qui font entre 1.000 et 2.000 personnes, comme le Transbordeur. C'est génial parce que c'est l'occasion de donner un spectacle spectaculaire, et en même temps de voir tous les visages, de créer une intimité et une rencontre. Et je pense qu'on ne me rencontre jamais vraiment avant de m'avoir vu en live, donc c'est l'occasion.
Si le Pierre "ado" rencontrait celui que tu es devenu aujourd'hui, avec une telle évolution, est-ce qu'il en croirait ses yeux ?
Pierre "ado" serait très content, je pense ! On serait pote, parce que je suis vraiment devenu la personne que j'avais envie de devenir. Je suis fidèle à mes valeurs, la vie que je mène est hyper belle. J'estime que je suis très chanceux, donc il serait heureux. Mais il a manifesté pour ça, il l'a souhaité. Il l'a rêvé toute sa vie, donc il se dirait "Bon Dieu merci !".
Quelles sont les choses qui te nourrissent, en ce moment ? Quelles sont les musiques que tu écoutes ?
En ce moment, je redécouvre plein de trucs un peu sur le tard, qui sont pourtant des classiques. J'ai redécouvert grâce à mes musiciens Air, Phoenix... Christine and the Queens, aussi, qui m'a beaucoup marqué ces deux dernières années, qui m'a inspiré dans mon approche de la production, ce côté "less is more", "moins, c'est mieux" qu'on retrouve sur son premier disque. Je redécouvre aussi des chansons plus âgées, de Christophe, par exemple, que je n'avais pas beaucoup écoutées, mais qui sont parfaitement géniales.
Quelles sont les émotions que tu as voulu faire naître auprès des auditeurs dans cet album ?
Je pense que c'est l'intimité. C'est le fait de se sentir vraiment très proche de moi et de se sentir vu, compris, de voir qu'il n'y a rien de trop honteux. Il y a une envie de déculpabiliser plein d'émotions, même la jalousie, les émotions amoureuses un peu moches. Le fait de parfois courir derrière quelqu'un en amour, moi, ça m'est arrivé, hein, d'être un peu un souillon. Et il y a deux-trois autres morceaux qui abordent cette période-là. Décomplexer les gens, c'est important pour moi. Je le disais tout à l'heure, "tuer la honte". Et quand je parle d'intimité, c'est aussi dans la musicalité du disque. Des musiciens qui jouent des guitares, comme si elles chuchotaient dans nos oreilles. Ma voix, qui n'est pas du tout traitée comme sur le premier : il y a beaucoup moins de réverbération, d'écho, elle est moins lissée. J'avais envie de créer un disque qui sonne assez humain et j'espère que les gens vont se retrouver là-dedans, parce que moi, ça me parle beaucoup.
C'est une démarche forte parce que les contenus sont de plus en plus uniformisés, avec de l'IA. Ce côté brut et humain peut faire du bien ! Et sur scène, tu le disais, tu penses être plus à l'aise que lors de tes débuts ?
C'est sûr, parce que l'excellence, les compétences viennent avec l'expérience, et donc avec le temps passé à s'entraîner. La première tournée a été longue. Elle a commencé sur un EP en 2022, elle s'est terminée à l'automne 2024, donc il y a eu deux ans et demi avec quasiment 150 dates. Ce qui m'a permis de faire mes armes. Vocalement, je suis beaucoup plus à l'aise, je sais que je chante juste, alors qu'à l'époque, ce n'était pas le cas ! J'ai appris à bouger mieux, aussi. Pour le tournage de "Je pense à vous", j'ai appris à danser. Plus on est préparé à quelque chose, plus on peut être libre le jour même. C'est comme un examen. Si vous arrivez avec un tas de connaissances, vous êtes libre de raconter ce que vous voulez. Et c'est le cas ici sur la tournée. Donc je m'en réjouis et j'ai beaucoup plus hâte de partir en tournée maintenant qu'il y a trois ans. C'est plutôt bon signe, je pense !
Et quelle est la prochaine étape ? Qu'as-tu envie d'explorer, maintenant ?
D'abord, j'espère défendre ce disque et le porter haut et loin pendant longtemps, parce que vraiment, je l'aime et je veux qu'il existe. Et une fois cela fait, j'ai plein de projets ! J'adore décorer des appartements, donc j'aimerais bien déménager, trouver plus grand et faire un truc à mon goût. J'aimerais bien un jour - mais pour ça il faudrait être blindé de thunes et ce n'est pas le cas encore - ouvrir un hôtel, ce serait ma grande joie ! Et sinon, de la musique ! Plus le temps passe et plus j'aime faire de la musique. Donc c'est sûr que ce n'est pas le dernier disque !
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